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Cafe Philo (in French): L’ART CONTEMPORAIN N’EST-IL QU’UNE FUMISTERIE ? on Wednesday 7th March 2012 from 7.30pm at Les Boules Cafe Petanque.

posted Feb 25, 2012, 9:46 PM by Eric Masson
Cafe Philo (in French): L’ART CONTEMPORAIN N’EST-IL QU’UNE FUMISTERIE ? on Wednesday 7th March 2012 from 7.30pm at Les Boules Cafe Petanque.
 
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Topic: L’ART CONTEMPORAIN N’EST-IL QU’UNE FUMISTERIE?
[Contemporary Art is it just an imposture?]

Introducer: Raphael Gillardeau
Moderator: Jean-Michel Garcia

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L’ART CONTEMPORAIN N’EST-IL QU’UNE FUMISTERIE ?

Mes pérégrinations m'ont souvent amené à déambuler dans les musées d'art contemporain, soit librement, soit prenant part à des visites guidées. Des juxtapositions des tapis de l'artiste turc Sarkis, aux vitrines d'oiseaux morts d'Annette Messager, de la "Super cloaca" de Win Delvoye, énorme installation mécano-chimique reproduisant un système digestif et fabriquant de vrais excréments, aux boites de conserve de Piero Mazon renfermant ses propres défécations; des robes en viande de Jana Strebak aux colonnes de Buren au Palais Royal, etc…
Pour attirer le chaland, faire réagir les foules, les sujets de prédilection des artistes contemporains gravitent autour de la mort, du sexe, du scatologique. On aime aussi détourner les arts classiques traditionnels, considérés comme caduques et dépassés par les "milieux autorisés". Les animaux découpés de Damien Hirst atteignent ainsi des records de vente et le public s'étonne de trouver une écrevisse gonflable en plastique au beau milieu du château de Versailles.
Lors d'une visite au CAPC de Bordeaux, devant une vitrine exposant un fémur en chocolat, le guide m'avoua que l'oeuvre avait été créée par l’artiste sans intention particulière. Qu'à cela ne tienne : puisque les galeristes avaient obtenu le fémur au sein d'un lot, il fallait l'exposer; et les responsables culturels du centre avaient donc dû se charger de trouver eux-mêmes une signification que l’artiste lui-même ignorait. Sur la petite fiche cartonnée on tentait donc d'expliquer qu'à travers le chocolat et l’os, elle avait voulu marier l'Eros et le Thanatos…

Devant les indigences plastique et technique d’une partie des productions contemporaines, devant la nécessité de faire vivre le milieu, il semble que l'art qui prime soit celui de savoir « communiquer autour ». La poudre aux yeux et la surenchère font-elles partie d’une nouvelle « démarche artistique » ?

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Que sont l’art, l’artiste ?

Jusqu'à la Renaissance, il n'y a pas de différence précise entre l'artiste et l'artisan : on appelle « artiste » un artisan dont la production est d'une qualité exceptionnelle.
C'est du siècle des Lumières que date la notion d'art aujourd'hui communément admise. L'importance de l'observation de règles passe alors au second plan tandis que l'intention de l'artiste, qui vise nos sens et nos émotions, devient primordiale.
Mais le XXe siècle, par ses pratiques et ses idéologies, remet en question tout ce qui avait pu être retenu au siècle précédent. Il conteste en particulier l'existence d'une essence de l'art qui se retrouverait à travers les âges et les civilisations, et donc le rêve d'une définition universelle. Il souligne également le caractère parfois ambigu du rapport entre « beauté » et « art », par exemple lorsque l'œuvre d'art représente la nature de manière effrayante, voire repoussante.


Les détracteurs de l’art contemporain

Jean-Louis Harouel, sociologue de la culture, prononce un vigoureux réquisitoire contre l'art contemporain sous le titre La grande falsification : l'art contemporain.

[...] « Telle est la modernité : une immense crise de l'art commencée voici un siècle et demi, et qui s'est creusée toujours davantage. Du fait de cette crise, la religion de l'art a basculé dans un culte aberrant entourant de soi-disant artistes ayant abandonné l'art pour le dérisoire, l'absurde, le canular, parfois l'ignoble voire l'abject ! Le prétendu art contemporain est une religion séculière dont le dogme essentiel est que seul est un artiste celui qui possède le label de l'avant-garde et que tout ce qui vient de lui est précieux. De sorte qu'il peut et même doit faire n'importe quoi, ce n'importe quoi étant réputé être le seul art de notre temps. Mais, en règle générale, il n'y a pas d'art dans tout cela. Il n'y a que l'enflure du petit moi du soi-disant artiste. Et le plus étrange de l'affaire est l'actuel succès mondial de cette religion séculière de l'art ayant culbuté dans la fumisterie.»
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A ces critiques répondent les défenseurs du courant contemporain

L'art contemporain a besoin de vous
C'est notre rapport au monde qui s'enrichit de nouvelles perspectives. Sans être fondamentalement plus exigeant ni moins fin qu'auparavant, l'art d'aujourd'hui, à la suite des grands noms de l'histoire de l'art, offre une place de choix à qui consent le regarder ; autrement dit, plus qu'à n'importe quel autre moment, le spectateur entre en scène pour déterminer la "qualité" de l'oeuvre. Le tabou est donc levé : finie la valeur absolue. Face à la multiplication des formes d'actes "artistiques" l'oeuvre ne se pose plus forcément comme "un espace à parcourir" mais comme une "durée à éprouver, comme une ouverture vers la discussion illimitée". La pratique artistique offre donc des propositions qui s'articulent dans la relation entre l'artiste lui-même et ceux qui l'entourent. Par extension, la mutation sociale est un fait décisif dans l'art contemporain, l'oeuvre peut s'inscrire dans un collectif et trouve dans la rencontre son principe actif. Q

L'art contemporain est déjà compris
Le spectateur récalcitrant, arguant qu'il ne "comprend pas", a pourtant déjà assimilé l'objet de son dégoût en s'avouant vaincu d'avance par l'oeuvre qui ne lui a rien demandé, et admis par là qu'il engageait son jugement, son regard et sa participation pour donner le droit à celle-ci d'exister. "S'il ne touche pas, l'objet d'art n'a pas de raison d'être". En réalité, il a déjà touché. Aucune raison alors de se laisser couler. Rien à comprendre, l'art contemporain est déjà compris, déjà vécu et déjà source d'une réaction qui engage l'histoire d'une personne, son attente des objets de la création et son regard sur le monde. Le rejet est un premier pas.

L'art contemporain doit être jugé
Puisqu’il ne s'agit pas de redéfinir l'histoire de l'art à chaque visite d'exposition, il est tout à fait admis de ne se prononcer que par rapport à son ressenti, par la manière dont l'oeuvre va s'imposer à nos sens, à notre esprit et à notre imaginaire. Evidemment on pourra se pâmer de bonheur devant une pièce considérée comme mineure par la critique, à coup sûr on restera de marbre face à ce qui peut être considéré comme un chef-d'oeuvre. Est-on hors sujet pour autant ? Aucunement, la valeur universelle et établie est précisément ce qui a trop longtemps interdit à tout un public de s'offrir la découverte du monde riche et pluriel de l'art contemporain, et susciter des sentiments nouveaux, une approche nouvelle provoquée par la rencontre avec l'oeuvre d'art est déjà suffisamment rare pour être savouré.

L'art contemporain est ouvert

Alors, autant l'avouer de suite, il y a tout à comprendre dans l'art contemporain. Une pièce qui cacherait un secret partageable, un message précis n'est pas une oeuvre d'art ; c'est une énigme. Si donc l'art d'aujourd'hui apparaît, aux yeux d'une grande majorité, comme un code indéchiffrable, c'est qu'ils ne regardent pas les oeuvres comme elles le méritent, c'est-à-dire comme des créations à part entière. A chacun de se débarrasser de ses a priori pour commencer à regarder l'art qui s'expose dans les galeries, dans les musées, comme une potentielle source d'intérêt, et pourquoi pas une vraie joie.
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Alors ?

A ce compte, il me semble que n'importe quelle production suscitant réflexion et discussion puisse être qualifiée d'"oeuvre contemporaine". Il suffit que celui qui l'a produite soit reconnu du "Lobby de l'art"…

Certes, l'art n'a pas vocation d'être beau puisque la notion d'esthétique est trop subjective pour que l'on puisse en débattre; en revanche, et tout a fait personnellement, j’attends d'un véritable artiste un talent exclusif – une technique, une patte - qui rende ses oeuvres uniques et très difficilement reproductibles par n’importe qui.
A mon sens, ce que l'on qualifie aujourd’hui d'Art Contemporain n'appartient pas au domaine artistique mais est un courant des Techniques de la Communication.

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Eric Masson,
Feb 25, 2012, 9:46 PM
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